

J’ai une mémoire d’éléphant
et je pourrais vous rapporter
une petite histoire pas piquée des hannetons,
que m’ont raconté un ours mal léché
et une grenouille de bénitier,
en pleurant comme des veaux.
Dehors, il faisait un temps de chien.
Un jour à jouer les rats de bibliothèque.
Et justement, à la bibliothèque,
y avait un jeune loup au cou de taureau,
têtu comme une mule, mais fort comme un cheval.
Il avait un succès bœuf :
elles tombaient toutes comme des mouches.
Quelques tables plus loin,
une oie blanche :
taille de guêpe dans son corsage en nid d’abeille,
yeux de biche et langue de vipère.
Il en eut la chair de poule.
« Alors ma cocotte, je peux m’asseoir là ? »
Et le voilà qui rapplique, Canard Enchaîné sous le bras,
sifflant comme un merle.
« Sois pas vache, mon lapin,
lui susurra-t-elle, avec un chat dans la gorge.
Je te vois venir, avec tes yeux de merlan frit.
Tu me prends pour une tête de linotte ?
Je n’ai pas l’habitude d’être le dindon de la farce.
Je ne vais pas me jeter dans la gueule du loup.
T’es fier comme un coq,
ça me met la puce à l’oreille. »
Et elle versa quelques larmes de crocodile.
Elle était bavarde comme une pie.
Il devint rouge comme une écrevisse,
mais retomba vite sur ses pattes.
« Quelle mouche te pique ?
Tu montes sur tes grands chevaux.
Tu me fais devenir chèvre !
Mais revenons à nos moutons.
Pas d’anguille sous roche avec moi, grande bécasse.
D’ailleurs, je suis doux comme un agneau.
T’es fine mouche. Mais il n’y a pas de quoi fouetter un chat.
On ne va pas rester à se regarder en chien de faïence ? »
Il avait noyé le poisson.
Elle rit comme une baleine.
Alors il prit le taureau par les cornes :
« J’ai une faim de loup, ajouta-t-il.
Tu ne vas pas me poser un lapin ?
J’aime pas faire le pied de grue,
Ça me donne des fourmis »
Et ils partirent, copains comme cochon,
déguster des cornes de gazelle
dans un restau végétarien.
L'avis des poissons